Friday, 30 March 2012

* Comment fuir ce ghetto intellectuel et culturel

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Felix Marquardt, président du Cercle de l'Atlantique et de Marquardt & Marquardt ; Leila Leghmara, conseillère régionale d'Ile-de-France (Nouveau Centre), professeur d'anglais et vice-présidente du Cercle de l'Atlantique ; Hadrien Cordier, élève de classe de terminale au lycée Louis-le-Grand (Paris). 

Jusqu'à une époque récente, mal parler ou ne pas parler anglais du tout était un sport national en France. La chronique regorge d'exemples de prouesses hexagonales en la matière, l'orgueil tricolore se drapant en général d'une sourcilleuse dignité linguistique. Le faible niveau de la majorité des Français dans la pratique des langues étrangères et de l'anglais en particulier n'est pourtant pas une fatalité. D'autant que les jeunes refusent cette autarcie intellectuelle.

Cette génération le sait bien, la maîtrise de l'anglais en tant que langue universelle de communication jouera un rôle-clé dans ces échanges qui leur sont chers, et leurs lacunes en la matière sont susceptibles de constituer un handicap dans ce nouveau monde où leurs congénères du monde entier sont reliés par l'anglais. Même leurs aînés sont conscients qu'il est souhaitable, voire impératif, que les jeunes maîtrisent au moins une langue étrangère, sinon deux. D'innombrables rapports sont là pour le dire.

Il n'en reste pas moins que les initiatives visant à améliorer le niveau d'anglais des Français en général, et des jeunes en particulier, sont presque perçues comme des atteintes à la pureté de la langue française, au génie national, voire à la francophonie dans son ensemble.

Si les jeunes se soucient sans doute trop peu de notre patrimoine linguistique, l'apprentissage du français se fait par la lecture et surtout par l'écriture, alors que l'anglais devrait être d'abord centré sur l'oral. Chacun peut témoigner que ce n'est toujours pas le cas : au lycée, en France, on étudie tel ou tel aspect de la grammaire d'une langue étrangère "parce que au bac" (et donc à l'écrit, la plupart du temps), cela pèse lourd dans la balance. Or, dans le monde réel, qui écrit une langue dont il, ou elle, n'a pas la maîtrise orale ? Comment peut-on, en 2009, justifier un apprentissage aussi théorique et désuet ?

Des mesures pragmatiques permettraient de familiariser efficacement et à peu de frais les jeunes Français aux idiomes étrangers, et notamment à l'anglais. Comme, par exemple, la généralisation de la diffusion à la télévision d'oeuvres de fiction en version originale (VO) sous-titrée. Nos voisins d'Europe du Nord programment les dessins animés en VO pour initier les tout-petits à l'anglais. Convaincus des apports de l'apprentissage précoce et du bilinguisme pour les enfants, ces pays ont instauré l'enseignement des langues dès l'école primaire, et ce depuis les années... 1950 ! Si la plupart des Etats européens leur ont emboîté le pas, la France fait figure d'exception.

A qui la faute ? A un système éducatif trop académique et focalisé sur l'écrit, au détriment de l'oral, en vue de la réussite au baccalauréat ? A un corps enseignant pas assez ouvert aux réalités du monde et aux langues dont il bruit ? A une carence de projets pédagogiques ? Au patriotisme linguistique de nos décideurs politiques ?

D'ici à 2020, 20 % des étudiants devront avoir effectué une année d'étude à l'étranger. C'est l'objectif de Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui entend faire de la mobilité européenne, et donc de l'échange linguistique, "la règle et non l'exception". Bonne idée. Mais le contraste est saisissant entre les discours officiels et leur application concrète. A ce jour, 4 % seulement des étudiants, qui plus est les mieux lotis socialement, ont pu bénéficier des programmes communautaires de mobilité comme Erasmus.

Qu'en est-il du fameux "élitisme républicain", davantage malmené encore pour la formation des apprentis ? Une seule langue est souvent dispensée alors que la formation initiale au lycée impose l'enseignement de deux langues ! Sur 15 000 apprentis, seuls... 100 ont pu bénéficier du programme de mobilité européenne lancé par la région Ile-de-France. Accablant. On note pourtant que 70 % de nos apprentis boulangers, cuisiniers ou fleuristes trouvent un emploi à l'issue de leur formation. C'est qu'ils possèdent un vrai savoir-faire, et un "savoir-faire français" envié au-delà de nos frontières. Ils s'exporteraient encore mieux s'ils étaient plus nombreux à pouvoir se débrouiller, en anglais notamment.

Dans leur grande majorité, les jeunes, apprentis ou non, ne souhaitent pas autre chose. Ils veulent tous parler anglais ; d'ailleurs, ils n'ont pas le choix. Et ils ne partagent pas les appréhensions de l'administration, prompte à dénoncer la prédominance de l'anglais mais lente à prendre acte du poids de cette langue dans le monde des affaires et donc dans la réussite professionnelle des jeunes Français. "Heureux comme Dieu en France", disait le vieux proverbe yiddish. A condition de pouvoir le dire en anglais et dans d'autres langues encore , est-on tenté d'ajouter aujourd'hui.

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