Friday, 28 June 2013

* Umar Timol : Maurice (post-"miracle") fait l'éloge de la médiocrité

Quel est le mot le plus approprié pour définir la société mauricienne ? Celui qui est susceptible d'expliquer ses réalités complexes et contradictoires ? On nous en propose de nombreux - hub (hub souvent mis à toutes les sauces, bientôt on inventera le hub de la bêtise), miracle, plaisir -, mots qui sont dans une certaine mesure légitimes mais il nous semble que celui de 'médiocrité' convient le mieux. En effet, ce mot, médiocrité, parvient à cerner, avec une précision quasi chirurgicale, notre société.

Quelles sont donc les caractéristiques de cette 'médiocrité' ? Elles sont foisonnantes mais le temps faisant défaut nous ne pourrons malheureusement n'en décortiquer que trois. Nous précisons qu'il n'est pas dans nos intentions d'écrire une encyclopédie.

D'abord la mégalomanie. En effet, le mauricien, pour des raisons assez curieuses d'ailleurs, croit être le nombril du monde connu, inconnu et de l'univers. Il est un adepte inconditionnel du paraître, il ne lui suffit pas d'exister, il veut exister aux yeux des autres. Il lui faut impressionner. Regardez-moi, j'existe, je suis quelqu'un, admirez-moi, flattez-moi, dites-moi que je suis le meilleur, que je suis le plus beau, vénérez mon ego, qui est un ego formidable, qui est un ego unique. Il croit, en d'autres mots, être un 'mari' et un 'mari' qui mérite le respect. D'où ce sentiment de vivre dans une société de fous où chacun veut prouver à l'autre qu'il lui est supérieur, où chacun concocte des stratégies toujours plus sophistiquées pour démontrer cette supériorité. Le grotesque de la situation tient au fait qu'il y a un décalage entre ce que le mégalomane croit et ce qu'il est vraiment c'est-à-dire un 'mari' alors qu'il n'est généralement qu'un pantin qui subsiste sur une île dont tout le monde ignore l'existence.

Ensuite l'arrivisme. Le mauricien veut réussir. On peut considérer que c'est une ambition tout à fait noble. Mais il veut réussir à tout prix. Ainsi, quand la fièvre de l'arrivisme lui tombe dessus, ce qui est, il faut le reconnaître, un phénomène assez récurrent, il est prêt à balancer par la fenêtre tous les principes, toute morale, toutes ses valeurs, religieuses ou autres. Il veut réussir. Il doit réussir. Peu importe la méritocratie. Peu importe les principes élémentaires de la justice. Il doit réussir. Il lui faut absolument ce titre grandiloquent qui lui donne le sentiment d'exister, qui lui procure l'illusion (et c'est bien une illusion) qu'il est quelqu'un. Il en arrive ainsi à faire de l'imposture un art de vivre.

Finalement la lâcheté. Il faut reconnaître que le mauricien est un être admirable. Sa faculté à la passivité est une énigme qui défie les esprits les plus éloquents. On (notamment les politiques) a beau le traiter comme un imbécile, lui faire subir toutes les injures, il demeure impassible. Alors que le monde se révolte, le mauricien se tait, il se contente de palabrer (et il s'y connaît en palabres) avec ses congénères des problèmes sans fin de son île paradis. Il ne fait rien. Il n'agit pas. Parce qu'il est évidemment lâche. Parce qu'il a peur. Parce qu'il préfère le confort de son lit douillet. Parce qu'il préfère les révoltes grandioses qui se font sur sa page Facebook.

Cet article n'est évidemment qu'une esquisse de la problématique de la médiocrité mauricienne. Nous avons identifié plus de mille caractéristiques de cette médiocrité et nous invitons ceux qui pataugent dans ses eaux boueuses à en parler. C'est un vaste continent et il mérite qu'on l'explore. Mais avant de l'explorer il faut sans doute s'en défaire. Avant qu'elle n'ensevelisse notre pays et n'en fasse un enfer.

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