Monday, 26 September 2022

"Le système perdure parce que nous sommes gouvernés depuis des décennies par des corrompus"

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Vous nous donnez rendez-vous à l’heure du déjeuner au Café de La Presse à Port-Louis. Votre économie idéale finalement ne doit absolument pas opérer dans un écosystème totalement différent de celui auquel nous nous sommes habitués ?
Kugan Parapen, économiste, membre de Rezsitans ek Alternativ : Pas du tout. C’est une mauvaise perception dont la gauche et moi souffrons ; cette association au communisme stalinien qui a marqué les esprits. Les actions commises sous ce règne-là, allant jusqu’à Pol Pot, ont causé du tort à la gauche. Certains en ont même été dégoûtés. Mais je pense que la gauche est un spectrum, tout comme la droite ; et il y a de la place pour différentes interprétations dans ce spectrum. Moi je m’inspire des progrès que la gauche a apportés à travers l’histoire – ils sont indéniables – mais je suis suffisamment réaliste pour comprendre que l’on vit aujourd’hui dans un monde où il serait totalement farfelu de kraz tou ek rekomans a zero.


 
Pouvez-vous en trois paragraphes simples et ludiques expliquer à une personne qui n’y connaît rien en grandes théories économiques ce qui ne va pas dans le système économique dans lequel nous vivons depuis l’ère de l’industrialisation ?
Oui. Premièrement, il y a une perspective internationale à avoir sur le capitalisme. Le capitalisme n’est pas qu’à Maurice, surtout le capitalisme libéral. La globalisation s’est approprié la planète…

Attendez, je vous ai demandé de vous adresser à quelqu’un qui n’y connaît rien et vous me lancez «capitalisme libéral» et «globalisation» dans quasiment la même phrase.
(Il sourit). D’accord. Commençons par l’inégalité sociale. Ce sont deux mots simples que tout le monde peut comprendre. Si vous l’utilisez comme fil conducteur, pour évaluer le système actuel de ses débuts à aujourd’hui, c’est une évidence, elle a empiré. Si vous remontez à deux ou trois générations en arrière, la différence entre les possédants et la classe de travailleurs n’était pas aussi conséquente qu’aujourd’hui. Il y a eu un progrès au début. Mais depuis deux ou trois générations, le progrès s’est inversé. Les 20 personnes les plus riches de la planète possèdent autant que 50 % de la population. Il ne faut pas sous-estimer ou banaliser ce fait.

Si le modèle capitaliste a marché au début et qu’il y a eu un progrès, on ne peut pas presser sur le bouton «redémarrer» ?
On ne peut pas recommencer sur les mêmes bases. Il y a eu une évolution. Il y a un contexte planétaire, une urgence écologique. Le capitalisme tel qu’on l’a connu à ses débuts a été infecté par la nature humaine, ce qui a amené le cronycapitalism, le capitalisme de copinage et la corruption. Les gouvernements devraient gouverner pour maintenir l’inégalité sociale à un niveau adéquat. Or cet organisme que l’on appelle gouvernement, surtout à Maurice, a été corrompu par l’argent, souvent sale, venant des possédants. 

Décidément, en voulant éliminer le souvenir de Staline, vous nous menez à Marx qui dénonçait l’accumulation continue de richesses par une classe et l’appauvrissement continu d’une autre. Où en est-on aujourd’hui sur cette balance de Marx ?
Il y a un exemple que j’aime utiliser, c’est la différence de salaires entre un médecin et un infirmier. À Maurice, la différence de revenus pour ces deux personnes qui travaillent dans la même industrie, est énorme. Un médecin peut gagner 30 à 40 fois plus.

Les cliniques peuvent se permettre d’augmenter le salaire des infirmiers tout en restant rentables ? J’espère que votre philosophie tient au moins compte de la rentabilité.
Je n’ai aucun problème avec la profitabilité. Par contre, il y a profits normaux et des profits anormaux. Dans le secteur énergétique, par exemple, il y a des profits anormaux qu’empochent les capitalistes, avec la bénédiction du gouvernement. Quand celui-ci prétend être impuissant, il n’y a rien de plus faux. Fondamentalement, ce que l’on doit comprendre, c’est que la société n’est pas au centre de l’économie. C’est l’inverse. La société n’est pas une fonction de l’économie. L’économie est une fonction de la société. Donc les inégalités, que vous retrouvez dans l’économie, découleront forcément dans la société. Que veut la gauche ? Nous voulons une maximisation du bien-être. Que veut le système capitaliste ? Il veut une maximisation des profits. Sa seule préoccupation, c’est toujours plus de profits pour maximiser les dividendes en écartant totalement l’être humain de l’équation.

C’est un constat sévère.
Écoutez, si un chef d’entreprise ne réfléchit pas et n’agit pas en ce sens, il est viré par les actionnaires.

Mais on ose croire qu’il y a eu une sorte d’évolution positive ces jours-ci. Regardez ce qui s’est passé à Terragri et Terramilling avec votre ami Subron ; aussi virulent et intraitable qu’il soit, il a dû reconnaître que l’accord signé avec l’employeur est «historique». Il y a donc un changement de «mindset» chez l’actionnaire.
Vous pensez sérieusement que Terra mérite d’être saluée ? Elle n’a fait que rendre à l’ouvrier son dû. Cela n’a rien d’héroïque. Ce qui est lâche, par contre, c’est que Terra a fermé sa centrale énergétique en invoquant des pertes. Ce qu’elle fait est simple. C’est du capitalisme classique : «privatiser les profits, et socialiser les pertes». En France, on a vu la nationalisation d’EDF ; en Allemagne, il y a la nationalisation d’Uniper, la plus grande compagnie énergétique du pays. Quand les choses vont mal, le système ne marche pas.  Dans ces cas précis, ce sont les sociétés allemandes et françaises qui doivent subir les pertes. Quand les choses vont mal, comme maintenant, l’actionnaire met la clé sous le paillasson, ek zot ras lavi. Il faut donc voir l’ensemble de la photo. Ainsi cette entreprise mauricienne que vous avez citée assume peut-être ses responsabilités dans une partie de la photo, mais les mêmes actionnaires socialisent les pertes dans l’autre partie.

Vous savez, il faut aller au-delà des façades. Aujourd’hui, se sentant menacés par la prise de conscience sur l’inégalité sociale ou encore l’écologie, le capitaliste s’est mis à travailler sur son image pour montrer patte blanche à l’ère d’internet et de la communication mondiale instantanée. Gardez en tête que son objectif est de maximiser les profits. Toutes les thématiques qui préoccupent la société, par ricochet, préoccupent l’entreprise. Mais c’est une façade. Face à la prise de conscience écologique, nous avons le greenwashing. Une entreprise fait semblant d’être concernée par un problème sociétal international, mais ses actions contribuent à la crise. Ce n’est pas le cas de toutes les entreprises ; certaines sont en train de prendre des actions tangibles et durables. Mais beaucoup se font passer pour green juste pour l’image. Le rôle du citoyen, et c’est sans doute la gauche qui le fait le plus, c’est de décoder cette communication et exposer la réalité derrière les façades.

Désormais il faut aussi combattre la com. de la droite ?
Une communication financée par des moyens faramineux de cette droite qui a accumulé sa richesse, je vous l’ai expliquée, dans un modèle capitaliste ultralibéral qui a creusé l’écart entre les classes sociales. La communication est une partie importante de la guerre. La droite a presque tout le temps gagné cette bataille. Elle a toujours cru, et c’était peut-être vrai jusqu’aujourd’hui, que la perception suffit pour le public. Mais l’humanité, dont la population mauricienne, est arrivée à un tournant. La perception que crée cette droite est trop grotesque pour que la société la prenne pour la réalité. Le citoyen mauricien vit ce mensonge à chaque instant.

Ce n’est pas l’impression que j’ai.
Pourtant vous avez voulu proposer mon point de vue à vos lecteurs. Pourquoi ? Peut-être, parce que vous ressentez, comme eux, les effets catastrophiques du capitalisme ultra-libéral sur votre bien-être, et notre vivre-ensemble. The proof of the pudding is in the eating. Cela fait 10 à 20 ans que le pudding a un goût amer et le peuple commence à en avoir une indigestion. J’ai dit dans une interview, il y a quelques mois à vos confrères du Mauritius Times, que la gauche a été présentée comme des marginaux. La gauche a été la risée. On s’est moquée d’elle. C’est le résultat de la communication de la droite. Mais quand la réalité rattrape le citoyen, aucune com ne marche. Ce que j’essaie de vous dire c’est que le fruit de l’échec du système et l’injustice qu’il cause sont tangibles. Le citoyen le ressent.

Le capitalisme ultralibéral nous avait présenté un système qui allait créer la richesse, la croissance, l’emploi et allait conduire Maurice vers le prochain palier de son développement. Or, ce sont les non-dits de ce système au moment de sa présentation qui sont à l’avant aujourd’hui : la cherté de la vie, l’inaccessibilité au logement, l’accaparement et la défiguration du paysage. Je vous donne un baromètre tout simple et vérifiable. C’était la période des vacances en Europe, et beaucoup de Mauriciens qui y vivent étaient de passage à Maurice récemment. Quel est leur constat ?  La vie est chère, même pour eux ! Maintenant pour le Mauricien payé en roupies par un capitaliste qui ne cherche qu’à maximiser ses profits, dans un contexte d’échec gouvernemental à maintenir l’équilibre, la situation est extrême. La façade, ce sont de grands chantiers, des immeubles en construction, mais la population n’en tire aucun bénéfice à l’exception d’une poignée et d’expatriés. J’ai commencé à parler de la gentrification en 2017. À la partielle de Quatre-Bornes où j’étais candidat, c’était notre thème de campagne. Tem la pann trapé à lépok, peut-être parce que nous n’en ressentions pas encore les effets.

Aujourd’hui ça a changé au vu de l’intérêt généré pour le film-documentaire «Mauritius for sale» dans lequel vous êtes un des principaux intervenants ?
Beaucoup. C’est dans la nature humaine de voir pour croire, ressentir pour croire. Ajoutez-y la malsaine propagande de certains par rapport à la gauche, beaucoup de thèmes que nous avons mis de l’avant ont été présentés comme de l’extrémisme pou fer per ; irréels et illogiques. Aujourd’hui, les gens ressentent. Prenez l’offshore, par exemple. C’est un moteur de notre économie. La population en tire-t-elle vraiment profit ? Les dividendes, sont-elles vraiment naturelles ? Je travaille dans la finance, certains seront très mécontents de ce que je vais dire, mais Maurice est un paradis fiscal !

Ils vous diront que vous n’y comprenez rien.  Il y a une force intellectuelle qui…
Qui m’accuse d’être antipatriote. L’offshore est un système vaste. Je comprends que ceux qui ne sont pas en train de blanchir de l’argent, qui ne les cachent pas derrière des dizaines de layering, se sentent injustement condamnés. Quand je critique l’offshore, je critique l’industrie. Parce que je pense qu’il y autant de brebis galeuses que de compagnies qui s’adonnent à business droit et juste.

Autant ? Un ratio d’un à un ? Un canard boiteux pour chaque bon canard ?
Et je suis généreux. Peut-être plus de boiteux.

Votre évaluation se base sur le nombre de compagnies ou le chiffre d’affaires du secteur ?
En nombre de compagnies. L’industrie compte quelques big players. Eux contrôlent une grosse partie de l’industrie, et vu leur taille, ils sont compliant, suivent les lois. Par contre, à Maurice il y a une multitude de petites compagnies qui champignonnent la place, qui n’ont pas beaucoup de clients et ce sont souvent elles les canards boiteux.

Les plus discrets sont les plus dangereux ?
J’aurais tendance à être d’accord.

Mais le secret, le fiduciaire, c’est la nature même de ce business, nous dit-on.
Ce n’est pas nouveau. Les Américains et les impérialistes britanniques ont inventé l’offshore avec les îles Caïman. Cela existe depuis longtemps. Mais aujourd’hui, le monde discute d’une taxe universelle d’un minimum de 15 % parce que tout simplement les grandes économies se rendent compte que la masse d’argent qui circule dans l’offshore constitue un énorme manque à gagner pour les États. Maurice n’est qu’un new small player dans un système qui est là depuis des générations.

Votre travail qui consiste à investir de grosses sommes d’argent pour des clients est-il compatible à l’algorithme de la gauche ?
Peut-être pas à l’algorithme de toute la gauche. Vous savez, parmi la gauche, je suis considéré comme n’étant pas de gauche. On dit que je suis le plus à droite de la gauche. Je suis conscient de cela. J’ai une vision d’une société idéale. Dans cette société, il n’y a pas de cloisons. Je ne suis pas borné. Je ne vais jamais vous dire : tou sa ki laba pa bon, tou sa ki ici ki bon. La réalité n’est pas binaire.

Par contre, sur les effets catastrophiques des IRS, Smart Cities, PDS et autres projets immobiliers, vous êtes intransigeants.
Non. Tout est basé sur des recherches. Si quelqu’un avec des faits peut me prouver que tous ces produits ne sont pas en train de provoquer la gentrification de la société mauricienne, je l’écouterai. J’attends toujours que quelqu’un vienne me démentir. Voici cet article de The Atlantic qui parle de «resource curse». Il démontre comment l’Afrique dispose de toutes les ressources possibles mais que ces ressources ont causé sa perte à cause de la cupidité des uns et des autres.

J’ai bien entendu ? «Curse» comme malédiction ?
Oui c’est exact. L’auteur fait ensuite le parallèle entre la resource curse et les pays qui deviennent des paradis fiscaux, comment c’est une malédiction pour ces pays et on appelle cela la finance curse. Je vous invite à lire l’article. Tout ce qui y est écrit, tout ce qui est arrivé aux Caraïbes, c’est exactement ce qui se passe ici. L’article, regardez, date de 2016. Donc, on a été averti des années à l’avance. Moi, je ne suis qu’un messager du savoir et du vécu des autres. Ce n’est pas comme si je me suis réveillé un matin et que j’ai eu un problème avec l’offshore ou les villas IRS. Non. C’est un processus basé sur la recherche, et le vécu des autres. Je suis arrivé à ces positions après avoir connect the dots.

Pour ceux qui n’ont pas vu le doc, vous pouvez nous le résumer ?
Oui. Nous avons un endroit magique, un paradis sur terre. Ce paradis, sous système colonial esclavagiste ou engagiste qui avait besoin de main-d’œuvre a toléré une certaine population qui produisait du sucre pour l’enrichissement de l’empire. Maintenant que le sucre n’est plus l’industrie phare du pays, et qu’il ne rapporte plus autant, les descendants de coolies et d’esclaves inn vinn anplis. Nous ne sommes plus dans ce plan de l’élite économique et des possédants terriens. Leur plan à présent est de fructifier les terres à travers la vente de projets immobiliers qui défigurent l’authenticité de ce paradis, qui ne respectent pas la nature, telle que nos aînés l’ont respectée et qui vont engendrer de graves dégâts écologiques et économiques sur ces descendants d’esclaves et de coolies.

Vos confrères de la finance sont d’accord avec vous sur l’érosion de nos ressources, que Mauritius est effectivement «for sale» ?
Oui. Même ceux qui gagnent plus de Rs 100 000 sont d’accord avec moi.

Pourquoi le système perdure ? Ces promoteurs financent les partis politiques ?
Oui. Tout simplement. C’est écrit noir sur blanc sur papier, acté, voté, promulgué : si vous venez avec $350 000, le Premier ministre décide si vous pouvez acheter ou pas. Ce Premier ministre, ou un autre, est leader de son parti à qui le privé confie d’énormes sommes d’argent. Personne ne finance les partis politiques just for fun. Le système perdure parce que nous sommes gouvernés depuis des décennies par des corrompus. Il n’y a pas de grande théorie à développer. C’est tout simple. L’intérêt public survient après l’intérêt des bailleurs et des gouvernants. Le jour où un parti politique ne devra rien à personne, si ce n’est rendre justice au peuple, beaucoup de choses changeront. On n’a pas encore vu ce jour-là.

Quel est le point de rupture ?
L’exode en masse de ceux qui sont silencieux et…

L’exode, ce n’est pas la rupture. C’est abdiquer.
Attendez, j’ai dit ceux qui sont silencieux. Ce sera leur point de rupture. En fait, ils partent déjà. Le reste, ceux qui sont tout autant anplis mais qui n’ont pas les moyens et diplômes pour être accueillis ailleurs, eux seront de plus en plus frustrés. Ils ressentiront de plus en plus le poids de cette injustice économique et sociale…

Je vous vois venir. On peut empêcher cet éclatement avec une «smooth transition» ?
(Presqu’agacé). Péna smooth transition dan enn sitiasion koumsa. Vous savez, la police dispose d’un riche arsenal pour gérer, voire écraser, une éventuelle révolte.

J’aurais préféré un autre scénario…
Vous savez, les oppressés sont minoritaires, en termes de possession de richesse, mais ils majoritaires en termes de nombre. Donc, votre autre scénario n’est absolument pas impossible. Ça commence par la prise de conscience. J’ai vu une citation sur les réseaux sociaux récemment. Elle dit que les oiseaux qui vivent en cage, quand ils voient les autres oiseaux en liberté, ils se disent que ces oiseaux libres et volant partout sont atteints d’une maladie. David Sauvage le dit dans le documentaire, il faut d’abord décoloniser notre esprit. La décolonisation ne se résume pas à l’indépendance, la prise du pouvoir, etc. Nous devons réfléchir à notre statut de mauricien, avec un grand M. C’est quoi être Mauricien ? C’est quoi une société ? À partir du moment qu’on intériorise le fait que la collusion gouvernement-secteur privé a toujours servi le secteur privé au détriment de l’intérêt public, c’est un bon début. Les élections ont presque toujours été bipolaires. Le secteur privé a toujours misé sur les deux blocs en même temps en les finançant. Finalement, ils ont toujours gagné. Ça au moins, je crois que la population l’a compris.

Friday, 16 September 2022

Lalla Fatma N’Soumer, la résistante kabyle qui défia l’armée coloniale française

 File:L'Orient-Le Jour (logo).svg - Wikimedia Commons

Par Emma Delajoux

Bien que souvent laissées dans l’ombre, les femmes ont de tout temps joué un rôle sociétal et politique dans le monde arabe. Certaines, méconnues du grand public, ont même réussi à faire sauter les carcans de sociétés patriarcales conservatrices dans l’espoir de faire changer les choses. Dans notre série « Ces femmes méconnues qui ont secoué le monde arabe », nous découvrons aujourd’hui lalla Fatma N’Soumer. « L’insoumise », « la révoltée » ou encore « la Jeanne d’Arc du Djurdjura » sont certains des surnoms attribués à cette jeune chef de guerre au caractère mystique qui refusait de se plier aux règles du patriarcat.

Lalla Fatma N’Soumer, la résistante kabyle qui défia l’armée coloniale française

Il paraît qu’aucun homme n’aura eu véritablement de pouvoir sur son corps ou son esprit. Si l’histoire de lalla Fatma N’Soumer a pu être romancée, voire mythifiée, par ceux qui voyaient en elle le prolongement de Kahina, reine guerrière berbère qui a combattu l’invasion arabe au Maghreb au VIIe siècle, Fatma N’Soumer est avant tout la figure de la femme kabyle qui défia l’armée coloniale française en Algérie, menant au combat des villages entiers et cassant les codes sociopolitiques de son temps. La jeune femme aura consacré sa vie à la cause. Celle de la résistance kabyle à l’occupation de son village et, plus largement, à la colonisation de l’Algérie par la France. Elle en mourra même, en 1863, à 33 ans, alors qu’elle était emprisonnée dans la zaouia (madrassa soufie) d’el-Aissaouia à Tablat, en Kabylie, après avoir été capturée sur le champ de bataille en juillet 1857 par le renommé général Youssouf à la tête de la division d’Alger. Des rumeurs courent qu’elle serait morte de chagrin après l’assassinat de son frère et bras droit dans son combat sidi Tahar. Mais les mauvaises conditions dans lesquelles elle fut détenue pendant six années ont probablement été à l’origine de sa mort.

Esprit insoumis

Fatma N’Soumer, née Fatma sid Ahmad Ou Méziane, a grandi dans les plus hautes montagnes de la Kabylie, région historique peuplée de tribus guerrières au nord du pays à l’est d’Alger, au cœur du massif du Djurdjura, dans le village de Ouerdja. Coïncidence, malédiction ou ironie du sort, la France avait lancé, sur ordre du roi Charles X, sa vaste conquête de l’Algérie l’année exacte où est née celle qui défiera leur occupation en 1830. L’Algérie restera une colonie française jusqu’à la déclaration de son indépendance en juillet 1962, qui mit fin à huit années de guerre civile.

Portraits présumés du chérif Boubaghla et de lalla Fatma n’Soumer conduisant l’armée révolutionnaire. Huile sur toile signée F. Philippoteaux et datant de 1866. 

Portraits présumés du chérif Boubaghla et de lalla Fatma n’Soumer conduisant l’armée révolutionnaire. Huile sur toile signée F. Philippoteaux et datant de 1866.

Les quelques récits racontant son histoire sont unanimes : Fatma N’Soumer, chef de guerre et guide spirituelle, a marqué les esprits de tous ceux qui ont croisé sa route, ennemis comme partisans. Petite mais robuste, sa beauté et son élégance étaient chantées dans des poésies populaires berbères. Ses yeux noirs, perçants et rehaussés de khôl étaient de la même couleur que ses longs cheveux tressés. Dans Récits de Kabylie : campagne de 1857, l’explorateur et homme politique Émile Carrey la décrit drapée de foulards colorés, ornée de bijoux et couverte de henné alors qu’elle menait au combat les Imseblen, volontaires de la mort. Féministe avant l’heure, elle a refusé la consommation d’un mariage qui lui a été imposé par l’un de ses frères à la mort de leur père, brisant à tout juste 20 ans un maillon patriarcal sacré dans une société au cadre social extrêmement conservateur. La jeune femme ne deviendra jamais mère et ne sera encore moins tenue à l’écart de la vie publique. Elle s’y imposera non seulement en tant que combattante, mais aussi et surtout comme chef guerrière et stratège, s’immisçant dans des sphères de réflexion alors strictement réservées aux hommes. Un tempérament qui lui a valu à l’époque le nom en kabyle de Fatma N’Ouerdja : celle qui refuse de se plier aux coutumes. Celles qui partagent encore aujourd’hui cet esprit insoumis s’en voient attribuer le surnom.Sa première victoire est peut-être d’avoir réussi à être scolarisée dans la zaouia de son père à une époque où aucune fille ne l’était. Cette école coranique de la confrérie musulmane soufie Rahmaniyya a permis à Fatma d’affiner son don de l’éloquence, d’aiguiser son sens de l’analyse, mais surtout de nourrir son esprit dans la religion. Passant des journées et nuits entières à prier et à méditer, Fatma N’Soumer était considérée comme une prophétesse. Et c’est son incroyable aura qui lui permettra plus tard de galvaniser la résistance contre la colonisation. Fatma N’Soumer a en réalité puisé sa légitimité de chef dans son caractère spirituel qui, dans l’esprit des tribus kabyles, peuplées de pieux musulmans aux aspirations mystiques, résonnait puissamment. Les prévisions stratégiques, fruits de fines analyses, de cette femme dotée d’une rare intelligence s’avéraient très souvent justes. Aux yeux des tribus qui la suivaient, ces prédictions devenaient des prémonitions divines. Si sa force de caractère et d’esprit lui a permis de s’émanciper du rôle domestique qui lui était prédestiné, elle a aussi incontestablement bénéficié de la légitimité sociale que lui conférait sa lignée : les Aït-Sidi Ahmad. Descendante de ces puissants marabouts lettrés, Fatma N’Soumer se voit attribuer le titre honorifique de « lalla » en marque de respect.

Résistance jusqu’au bout

Après s’être enfuie de sa prison conjugale, Fatma N’Soumer rejoint son frère sidi Tahar dans le village de Soumer, devenu son village d’adoption et son patronyme, pour la résistance qu’elle y mènera. Investie par l’autorité politique du lieu, elle s’allie en 1850 au soulèvement de Chérif Boubaghla, proche de l’émir Abdelkader et initiateur d’un vaste mouvement de révolte populaire kabyle lorsque les Français pénètrent la région du Djurdjura. L’Algérie devient constitutionnellement française en 1848, mais le pays résiste à l’occupation. Seules les plaines de la région d’Alger, de Constantine et d’Oran sont aux mains de l’ennemi. La Kabylie, montagneuse et difficile d’accès, n’est dans un premier temps pas la cible prioritaire. La poche de résistance kabyle en profite pour se consolider et mettre en danger les colonies occupées. Pour les troupes françaises, la soumission des Kabyles devient alors primordiale. C’est au début de cette campagne française en Kabylie et suite à la mort de Boubaghla en 1854 que Fatma N’Soumer prend la tête de la résistance.

Sous le commandement de cette fine stratège et combattante féroce, les faits d’armes français ont été mis à mal. Parmi ses victoires, une semble intacte dans les mémoires. Celle de la bataille du Haut Sebaou à Tazrouk en juin 1854. Même si, lors de cette bataille, le retrait d’une partie des troupes françaises réquisitionnées pour la guerre de Crimée la même année a probablement joué en sa faveur. En deux mois, Fatma N’Soumer, à la tête de 5 000 combattants moujahidine, munis de simples sabres et poignards, et jouant de l’avantage que leur conférait les hauteurs des monts, ont défait avec une extraordinaire violence, de par leur ténacité et leur rage, les 8 000 baïonnettes françaises du commandant Charles Wolff. Les soldats aguerris sont forcés de battre en retraite face à des tribus berbères dirigées par une femme : l’humiliation est énorme.

Malgré les prophéties et sa réputation, lalla Fatma N’Soumer fut rattrapée par la réalité du terrain : face aux Français, les combattants kabyles étaient en infériorité numérique. Déterminé à tuer une résistance qui avait déjà infligé trop de dégâts, le gouverneur Randon ordonne en 1857 l’envoi de 35 000 soldats français en renfort face aux Kabyles. Fatma N’Soumer est capturée et emprisonnée cette même année, ce qui porte le coup de grâce à la résistance. Si sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage dans la région, son histoire sortira relativement rapidement des mémoires collectives kabyles. Ce n’est que plus d’un siècle plus tard, en 1995, lorsque ses restes seront transférés au cimetière d’el-Alia à Alger, dans le Carré des martyrs et héros algériens, que l’extraordinaire combat de la « Jeanne d’Arc du Djurdjura » refera surface.

Tuesday, 6 September 2022

Kazuo Inamori: Lessons from one enlightened entrepreneur

 

Kana Inakaki

Teachings of Kyocera and KDDI founder were surprisingly simple and still resonate today

Kyocera and KDDI founder Kazuo Inamori dies at 90 - Nikkei Asia

As a messy succession crisis unfolded at Apple supplier Nidec, Shigenobu Nagamori, its 78-year-old founder, had one big regret. 

Over the past decade, he had poached a number of high-profile executives from carmaker Nissan and electronics maker Sharp as potential heirs. But none of his outside picks met his towering expectations. Instead, they left the company, leaving an exasperated Nagamori to last week tap one of Nidec’s founding members as a temporary president.

“When Mr Kazuo Inamori was alive, he told me that a company insider is best as president. His warning turned out to be true,” Nagamori said, acknowledging with guilt that he had finally realised how talented his employees were.

Inamori, the renowned founder of ceramics company Kyocera and telecoms group KDDI, died at the age of 90 in Kyoto last month. Known in Japan as the “God of management”, he was one of the country’s great industrialists. Along with Sony’s Akio Morita and Soichiro Honda, the founder of the eponymous carmaker, Inamori helped drive the country’s economic miracle in the postwar period. He also helped rebuild Japan Airlines from the ashes of bankruptcy in 2010 without receiving a dime for his role as chair.

Long before stakeholder capitalism and the need to serve employees along with investors became vogue in the west, Inamori’s management philosophy had centred on his belief that companies should focus on the livelihood and wellbeing of employees instead of simply pursuing profits. 

In his first interview with the Financial Times in 1978, Inamori explained that what tied his company and workers was not simply a financial contract, but “a human relationship” based on trust and partnership. 

His motivation, he claimed, had nothing to do with accumulating personal wealth. “We have a saying: money has legs and if you try to catch it, it will run away from you,” he said. At the same time, he was a ruthless cost-cutter, who had forced the proud employees of JAL to save expenses on everything from lunch boxes to corporate pamphlets.

The teachings of Inamori were surprisingly simple: don’t be greedy or selfish, be honest and most importantly, do what is right as a human being. His principles resonated beyond Japan to China, and attracted 15,000 students to his leadership schools worldwide, including SoftBank founder Masayoshi Son.

How do these teachings resonate today? In his book A Compass to Fulfilment, Inamori himself questioned and then quickly rejected the idea that his philosophy was too outdated for the complex modern world. He argued that a sincere attitude and a focus on the universal good as opposed to national interests were the approach needed to settle international trade and history disputes.

In an era where nationalism is on the rise following the supply chain disruptions of Covid-19 and the energy crisis sparked by Russia’s invasion of Ukraine, there are practical lessons to take away.

One is the need for entrepreneurial spirit at a time when the start-up scene in Japan is so dormant that the government has promised heavy state investment. Like the Honda founder, Inamori was a warrior and a rebel, who resisted meddling from the government and banks as he transformed Kyocera and KDDI into global technology participants.

By setting up KDDI, Japan’s second-largest carrier, he brought competition to a market that was controlled by formerly state-owned NTT. When Japanese manufacturers proved too conservative to try out what is now Kyocera’s technology, Inamori ventured into the US, eventually clinching a contract with Texas Instruments to supply electrical resister rods for the Apollo space programme.

Inamori’s best-known concept of “amoeba management”, which involves dividing up large organisations into small units that draw up their own goals and strategic plans, is also pertinent. Companies will need independent thinkers to come up with innovative ways to navigate an environment where governments will feel compelled to intervene in the name of ensuring economic security.

His bottom-up management style and his investment in training employees have allowed Kyocera and KDDI to avoid the succession challenge plaguing corporate Japan. Inamori, who decided to retire at the age of 65 to study Buddhism, never clung to his leadership position: “It did not have to be me who founded Kyocera or KDDI. By chance, heaven provided me with that role and I was merely acting it.”

Thursday, 1 September 2022

We need a more sophisticated idea of what it means to be a citizen

 


Will Kymlicka is the Canada Research Chair in Political Philosophy. He is the author of Multicultural citizenship.

To combat the narrow-minded view of whom society belongs to, we must recognise a more sophisticated idea of what it means to be a citizen. Most modern societies recognise two kinds of rights: those that we owe to all human beings, by virtue of our shared humanity, and those that we owe to our co-citizens in a shared society. We can call these “universal human rights” and “membership rights” respectively. The right to not be tortured or experimented on is owed to all human beings; the right to vote, or to access the welfare state, is restricted to members.

This two-track conception of justice was taken for granted by most theorists of the 20th century, but it is increasingly being questioned. The argument for universal human rights is clear. There are shelves filled with books explaining why we have an obligation to respect “human personhood” or “human dignity”. But why do have special obligations to those who happen to be members of our society? And how do we determine who is a member, anyway?

At best, the restriction of rights to members seems morally arbitrary. Why should someone’s life chances be so powerfully determined by the accident of which side of the Rio Grande they were born on? Ayelet Shachar calls this the “birthright lottery”, equivalent to the medieval idea of being born into a particular caste.

This preoccupation with distinguishing members from outsiders also seems to feed into nativist conceptions of nationalism. Tying rights to membership inevitably raises questions about who “really” belongs, and this in turn always seems to cast suspicion on racial, sexual or religious minorities and indigenous peoples. The rise of right-wing populism across the West is often tied to the idea that the “authentic” white/Christian members of society need to “take back” the nation from minorities.

This has made political philosophers nervous about membership rights. A few have taken the plunge and explicitly repudiated the very idea of such rights. These cosmopolitan theorists argue that rights that are currently limited to members – such as the right to settle, work and vote – should instead be seen as human rights, which people take with them as they move freely across the globe. On this view, there would be no need – and no justification – for distinguishing insiders from outsiders, members from non-members, or us from them. We are all just individuals who carry all of our rights with us around the world.Most political philosophers, however, have not embraced this “terrestrial cosmopolitanism”. This is partly because it seems practically unfeasible, at least for the foreseeable future. John Rawls argued that political philosophers are in the business of articulating “realistic utopias” and rejecting the very idea of membership rights does not yet pass the feasibility test.

But many philosophers also think there may be something valuable in the idea of membership rights. A good society, we might think, should have some sense of solidarity: members would think of themselves as having special duties to one another, above and beyond the basic respect owed to all human beings. A one-track conception of justice, relying solely on universal humanitarianism, might not lead to a levelling-up in our treatment of outsiders – treating them as well as we currently treat insiders – but rather to a levelling-down, treating everyone as if they were strangers to whom we have no special obligations.

As a result, most contemporary political philosophers still have a two-track conception of justice that limits certain key social and political rights to members. At the same time, they are aware that appeals to the value and importance of membership are all too often combined with exclusionary conceptions of nationhood. And so, the very moment they introduce membership rights, they immediately insist that membership does not require that people share any particular identity, culture, loyalties or attachments. It is enough that people are willing to play by the rules of liberal democracy – rules that are themselves held to involve universal principles of respect for each other as free and equal persons.

This thinning of membership is understandable, but it leaves it quite unclear why we have special obligations to members. After all, the duty to respect others as free and equal persons is indeed universal – it should regulate our interaction with all human beings. It does not single out members. The idea of membership rights makes sense only if we share something meaningful with our co-members that we do not share with all human beings: something that is sufficiently valuable to merit special obligations.

In my view, political philosophers in recent years have evaded, rather than addressed, the grounds of membership rights. Philosophers are comfortable discussing what we owe each other as human beings, but they are reluctant to discuss what we owe each other as members. Charles Taylor calls this “the ethics of inarticulacy”. Membership rights are a fundamental feature of our ethical world, but we have become less and less articulate about their ethical underpinnings.

In reality, liberal democracy as a political form is not primarily grounded in human rights, but in membership rights. It relies heavily on an ethics of membership – a sense of belonging together in a shared society and having mutual obligations to other members.

Consider the welfare state. Some aspects of the welfare state are based on universal humanitarianism – for example, the emergency services have a duty to rescue anyone in a fire or flood, whether or not they are members. But other parts of the welfare state are intended to affirm and strengthen a sense of belonging together. Many of the public goods provided by the welfare state, such as parks, museums, and libraries, as well as its redistributive tax policies, are guided by an ideal of “social justice”, and the term here is instructive.

“Social” justice suggests that we share a society that belongs equally to all its members, and the task of the welfare state is to shape social relationships in accordance with the idea of equal membership. In the words of T H Marshall, the welfare state rests on “a direct sense of community membership based on loyalty to a civilisation that is a common possession”. The task of the welfare state is to provide the public goods and social policies which help to create a good society – one which belongs to its members.

Note how different this is from the moral logic of humanitarianism. It is not a response to suffering or to the denial of human dignity, but an effort to enable members to see society as a “common possession”. The assumption is that we form a community and that the function of the welfare state is to ensure that everyone can partake in the social and cultural life of that community, that everyone can feel that they belong to it and that the community belongs to them. In this view, a key function of the welfare state is to distribute the membership goods that people need to flourish in a shared society. Human rights recognise and respect us as human beings with inherent dignity, but the welfare state empowers us as members of a particular society to shape and to enjoy our shared society.

And this sense of “we”-ness helps to explain why citizens are willing to make sacrifices to support the membership claims of others. My sense of obligation to you flows in part from the perception that you and I share a common orientation to the “we”. I am willing to accept special membership obligations to you, above and beyond respect for your humanity, because we jointly value living together and belonging together in a shared society.

A fundamental question for political philosophy – and indeed for society generally – is whether we still believe in this idea of a shared society as a common possession. This idea emerged in the heyday of the nation-state, and it was often explicitly tied to assimilationist projects of nation-building. The welfare state was a tool for turning “peasants into Frenchmen” or turning “immigrants into Americans”. It presupposed that the beneficiaries of the welfare state are here to stay, and that it was a legitimate task of the state to (re)orient these residents towards a shared national society.

For critics of this vision, the use of the welfare state to “integrate” people into society is unsustainable. People today are too mobile, and too diverse, to ask or expect that they orient themselves to a shared national society, nor do they frame their political claims in terms of membership goods, and any attempt to force people back into the confines of nationhood will only feed exclusionary populism.

In my view, political philosophy has failed to address this criticism. Most political philosophers continue to assert the need for an ethics of membership, but they fail to articulate the basis for membership rights. In doing so, they avoid explaining how we can make sense of this idea of loyalty to a shared society, and what states can legitimately do to promote this sort of orientation amongst its mobile and diverse members.

Drawing on the Canadian experience, I have elsewhere suggested that one possible route forward is a new multicultural and postcolonial conception of nationalism. The idea of a multicultural nationalism is often seen as an oxymoron, both by nationalists who fear the disintegrating effects of multiculturalism and by multiculturalists who fear the assimilationist and exclusionary effects of nationalism. But around the world, citizens are “implementing the oxymoron”, in the words of two scholars of multicultural nationalism in Scotland.

Citizens today are certainly diverse, and they seek recognition of their diversity. But in many cases what they seek is the recognition that there are diverse ways of belonging to a shared national society. Members of minority groups are staking a claim to membership.

In many contexts, minorities express impressively high levels of national loyalty and solidarity, even as they seek multicultural recognition of the specific ways in which they belong to the nation. Sadly, members of the majority all too often interpret claims for minority recognition as a form of disloyalty, and discount the demonstrable acts of civic friendship and solidarity that minorities display. In this sense, a multicultural nationalism is not only about constructing new loyalties and solidarities, but about learning how to better recognize the sophisticated ways that people already combine diverse identities and shared loyalties within an ongoing national narrative.

We have much to learn about how such a multicultural nationalism emerges and takes root. But the first step is to recognize that contemporary Western societies continue to rely upon an ethics of membership that we are less and less able to articulate.